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Amour et Kabbale - recto




Voici en avant-première les premières pages de mon roman à paraître en février/mars 2019 aux Éditions Maelström, si tout va bien…

Une version E-book sera également disponible.

Il s'agit d'un roman d'amour initiatique et kabbaliste en Terre Sainte, unissant Léa, une archéologue biblique qui travaille sur les manuscrits de la Mer Morte et Simon, un astrophysicien kabbaliste passionné de physique quantique.

Pour tout lecteur spirituel ou curieux de découvrir les liens entre kabbale et physique quantique…



La nuit, mes yeux s’ouvrent. L’invisible s’éclaire dans le noir. Dans l’obscurité, je peux voir le ciel qui s’illumine quand les vivants s’éteignent dans le sommeil. Seule mon ombre s’est endormie. Elle se dresse au lever du jour quand je vais me coucher. Elle est comme une compagne que je regarde dormir et qui, dans l’abandon de ses rêves, révèle un autre visage.

La couverture du jour masque les astres, elle déploie les rayons du soleil et nous rend aveugles à l’immensité en nous réduisant au terrestre. La lumière nous rétrécit, nous rapetisse en gommant d’un trait la voûte céleste. Elle fige notre trajectoire et nous écrase sous la pesanteur de la terre.

À la tombée de la nuit, je renouvelle l’expérience de sortir de mes orbites, d’étendre ma vision au-delà du champ terrestre. Mes yeux ne suffisent pas, ils me limitent et me contraignent à la proximité. Je demande aux télescopes d’aller plus vite et plus loin que mes yeux. Ils ouvrent les portes des ténèbres et habillent le noir de mille feux.

J’emplis de phrases la ponctuation du ciel. J’écris dans l’espace vide intersidéral. Nul autre ne me parle que le silence de la nuit. Qui peut comprendre mon dialogue avec les étoiles : mes baisers sur leurs langues de feu, mon éblouissement amoureux en découvrant le visage des planètes, toujours changeant, leur regard de braise ou de glace, leur cœur torride ou polaire ? Elles semblent se rapprocher de moi, se blottir dans mes bras et tendre leurs sphères, leurs courbes parfaites au creux de mes mains. Et pourtant, elles me fuient. Je veux caresser leurs galbes mais elles se dérobent à toutes étreintes.

Séductrices, elles prennent la pose, se dénudent de leurs anneaux gazeux ou vaporeux et se laissent photographier. Ma capture est visuelle et je me réjouis de voir ce que personne n’observe à l’œil nu. Je me sens dépositaire de leur beauté cachée, fervent adepte des amours à distance, inaccessibles, dont l'objet apparaît et disparaît tour à tour. Ces filles de l’air sont mes « prostituées sacrées », elles se donnent à tous et à personne. Elles déploient leurs charmes la nuit, arpentent le ciel en dessinant de joyeuses ellipses.

Vénus est ma favorite, toute en rondeur et à la peau laiteuse. Elle garde l’éclat de son soleil mort et se comporte parfois en veuve joyeuse. Combien de télescopes n’a-t-elle dressés ? Ses amants astronomes l’épient et l’adorent telle une divinité. N’a-t-on pas baptisé la plus intime partie de la femme « le mont de Vénus » pour nous inviter à le gravir ? Je choisis l’ascension, l’élévation plutôt que la descente.

Quand, enfant, mes professeurs disaient que j’étais « tête en l’air », ils ne savaient pas encore que cette tare déterminerait mon existence. En classe, je quittais le tableau noir au cadre trop étroit et j’ouvrais mes yeux aux espaces infinis. Très tôt, je pris conscience que le ciel ne m’imposait aucune limite. Il s’offrait à perte de vue tant de jour que de nuit. Je m’imprégnais du ciel, me projetais en lui et l’intégrais en moi, abolissant les frontières entre l’extérieur et l’intérieur.
Les jouets, les objets à portée de main ne m’intéressaient pas. Je me tendais vers l’insaisissable et désirais ardemment tout ce qui se déplace dans les airs : les oiseaux, les nuages, les avions, le Soleil, la Lune et les étoiles. Mes parents, voyant que cette passion ne s’atténuait pas, comprirent qu’il était vain de m’offrir des trains électriques et des petites voitures. C’est ainsi que je reçus mes premiers avions téléguidés et, en grandissant, j’échangeai la paire de jumelles contre le télescope qui nous accompagnait pendant l’été quand, loin des villes, le ciel était dégagé.

Aux chiens et aux chats, je préférais ma colombe domestique qui, comme moi, se promenait dans les airs et venait me retrouver le soir dans ma chambre. Je l’avais baptisée Andromède car c’est la première galaxie que j’avais découverte avec ma lunette astronomique. L’image d’Andromède a voyagé trois millions d’années avant d’arriver jusqu’à nous. Quand je la regarde aujourd’hui dans le télescope, elle me restitue le reflet du passé. Cette découverte d’un temps reculé, visible comme s’il m’était donné de voir les premiers hommes sur terre, a profondément ébranlé ma manière de penser. Ainsi ce que nous voyons d’Andromède n’est plus conforme à ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Comme si je scrutais une jeune fille avec délectation qui en réalité est déjà une honorable vieille dame.

La notion de temps est aussi variable pour toute espèce vivante. L’éphémère, une frêle libellule, vit 24 heures. Ma colombe a succombé à 8 ans. Le séquoia peut vivre plusieurs milliers d’années. Ma grand-mère a succombé à 96 ans, une valeur infime dans l’échelle de l’univers. Cependant, notre patrimoine génétique porte encore l’empreinte des premiers hommes, de même que l’on retrouve la trace d’un rayonnement fossile du Big Bang dans l’air respiré. Savoir que l’univers garde les signes et traces de son origine, il y a environ quatorze milliards d’années m’amène à considérer mon travail d’astronome comme une archéologie de l’espace. J’étudie les vivants et les morts, les étoiles sont des soleils en hyperactivité mais leur incandescence finit un jour par s’éteindre, se refroidir, pour donner naissance aux planètes. Un soleil mort qui se désagrège en poussière d’étoiles peut devenir une planète. Le ciel est peuplé de momies d’étoiles et notre terre serait une momie qui a donné la vie grâce à sa bonne distance du soleil.

Plus je poursuis un questionnement sur les origines et la finitude de l’univers, plus il me semble me rapprocher de l’enseignement de la Torah. L’histoire juive depuis la sortie d’égypte : est une migration continue. On parle d’exil, de fuite, d’exode, mais on oublie de dire que le chemin parcouru, la force de quitter, de se séparer, empêche l’inertie et ouvre au mouvement, à l’évolution.
Je suis le juif errant hors de l’atmosphère terrestre.

Enfant, je faisais déjà mes premiers pas sur la Lune, quand mon père m’enseignait les premières lettres hébraïques. Il me montrait comment accrocher ces lettres à la ligne qui les surplombe. Et pendant que nous suspendions les mots, tels des vêtements sur un fil à linge, je rêvais de constellations, de figures du zodiaque, en reliant par des traits leurs points lumineux. Mon esprit superposait les cartes du ciel, leurs encres scintillantes, de pleins et de déliés, avec la Torah, ce rouleau de peau où les points de beauté sont devenus textes sacrés, écriture du visible et de l’invisible.

Je pensais que si Dieu était au ciel, il me parlerait en morse, chaque soir, dans le clignotement des étoiles. Ses paroles avaient été traduites en image, elles me désignaient la voûte céleste et j’entendais sa voix lactée : « Voici toutes les consonnes mais je ne te donne aucune voyelle car je veux que tu interprètes à ta guise le livre du ciel. A toi de créer à partir de cette absence, de mon silence et du vide que je t’offre en laissant mon œuvre inachevée. Je n’ai pas l’exclusivité du sens et je m’intéresse surtout à ton chemin de pensée pour arriver jusqu’à moi. »

Amour et Kabbale

Aussi étrange que cela paraisse, mes pensées bâtissaient un pont entre la Torah et la ponctuation des astres. Quand Dieu voulait m’écrire, il déployait son livre, ses pages à perte de vue et quand il me demandait d’écouter sa musique ou son chant, il me tendait d’immenses partitions.
Il m’arrive de lire ou de chanter la Torah à la synagogue avec la même ferveur qu’en déchiffrant les rébus nocturnes de Dieu dans les étoiles. Je m’émerveille de toutes ses ruses et subterfuges pour me captiver. Ses cache-cache pour me captiver, la dissimulation des voyelles, ses invitations à le suivre dans l’espace sidérant des questions. Il me pousse à sortir de moi, il me met hors de la glèbe, littéralement enraciné, il me pousse à quitter la terre, m’élever vers le soleil, me tourner vers sa lumière.

Quand le grand rabbin parle d’invisible, d’illisible ou d’innommable, suis-je sacrilège, moi qui ne cesse de recevoir des signes visibles, audibles et lisibles de Son énergie créatrice ? C’est en créant un univers en expansion, insaisissable, en perpétuelle transformation, qu’il s’est rendu inaccessible, toujours caché pour que l’on continue à le chercher.
On ne désire vraiment que ce qui est caché. Il dira à Abraham : « Je suis El Chaddaï » en se comparant aux seins des femmes, d’autant plus attirants qu’ils sont voilés. Je n’oublie pas ce passage du livre sacré qui tend ses appâts féminins, révèle la chair du texte.
Si Dieu se reflète dans les seins d’une femme, alors les seins de la femme pourraient refléter Dieu. Ils se donnent aux caresses mais je ne peux m’en emparer. Dieu, les femmes et les planètes insaisissables… mes mains ouvertes telle une parabole en quête de leurs rayonnements.

Au fil des ans et de mon enseignement talmudique, j’ai peu à peu pris goût aux jeux du visible et de l’invisible. Ainsi, lorsqu’il nous est demandé de porter des tefillins sur notre bras et entre nos yeux, ces écrits sacrés que nous ne pouvons pas lire, et de placer une mezouza à l’entrée de la maison, autre texte interdit de lecture, pour nous rappeler que Dieu demeure inaccessible, insondable et silencieux, je me permets aussi d’écrire des lettres à ma bien-aimée qui lui sont envoyées avec la consigne de ne pas ouvrir leur enveloppe. Au travers de nos échanges épistolaires, elle reçoit deux types de courrier, ceux qu’elle peut lire et ceux qui demeurent cachés.

De la même manière, dans les prières et les chants que j’adresse à Dieu, il y a ceux qu’il peut entendre et ceux qu’il ne peut percevoir. Je ne lui dis pas tout, je ne lui donne pas tout. Je veux que Dieu et la femme restent curieux et poursuivent leurs investigations.

Ma bien-aimée Léa respecte la consigne, elle n’ouvre pas les lettres mais elle a créé un rituel lié à la différence des sexes, à sa « coupure » comme elle la nomme. Chaque fois que son corps saigne, elle glisse mes lettres closes contre son ventre, s’ouvre aux dialogues entre les deux bouches silencieuses, scellées, plis contre plis, dans la dissimulation et le retrait de son être.

Certaines nuits où je travaillais seul à l’observatoire, Léa venait me rejoindre. Je voulais qu’elle assiste au spectacle de la découverte des galaxies et des nébuleuses dans la lunette du télescope. Le mien, à la maison, n’est pas assez puissant pour détailler la nébuleuse d’Orion ou le grand nuage de Magellan dans la constellation de la Dorade.

Les observations de Léa me surprirent car ce qu’elle voyait de l’immensément grand et lointain lui semblait soudain microscopique et anatomique. Pour elle, les nuages interstellaires rougeoyants devenaient des vaisseaux sanguins, des cellules avec leurs noyaux, des fœtus…. Tout à coup, moi-aussi, je découvrais l’espace intergalactique comme si je voyageais dans le corps de Léa. Sa matrice flamboyante telle une supernova avec ses dégradés de rouge et de bleu, son cœur palpitant dans la nébuleuse du Trèfle, ses yeux dans la nébuleuse ovoïde de la Lyre qui me fixent d’un regard éteint d’étoile à l’agonie.

Révélation et transcendance du regard de Léa qui rapprochait l’infiniment grand de l’infiniment petit. Borgne, je regardais dans l’oculaire qui n’avait jusqu’ici que déporté la vue dans l’au-delà sans le retourner dans l’au-dedans de soi. Avant le regard de Léa, je demeurais un cyclope qui visait le Très-haut, le Grand Tout. Grâce à elle, je reviens au très bas car elle me rappelle que nous venons de la poussière et retournerons à la poussière.

Sans l’éclatement d’une étoile en particules de poussières, sans l’expérience de la réduction en nuage de matière éjecté d’étoiles mortes, il n’y aurait pas eu d’association de poussières pour former les planètes.

Cette découverte anodine mais essentielle me mit en joie. Je pris Léa dans mes bras pour danser l’événement ! Nos corps devaient participer à la fête car ils devenaient les représentants d’une chorégraphie unissant le très bas de nos pieds avec le très haut de nos bras dressés vers le ciel.

Ma tête résonnait de la musique des sphères et j’emportais ma belle dans la ronde des astres, tournoyant sur nous-mêmes dans la circonférence de la pièce. Je me transformais en satellite de Léa et dans le tourbillon de la danse, sa jupe se déployait tels les anneaux de Saturne. Je la tenais par la taille pour mieux la faire tourner comme une toupie. La cadence s’accélérait et nous n’étions plus que deux fous dansants, deux derviches tourneurs. De danseurs, nous devenions la danse.

Léa étourdie pivota sur son axe, tomba contre moi et nous roulâmes sur le sol, heureux et comblés de nous mélanger à la poussière. Je remerciai Léa pour son « Hidouch », le « nouveau Sens » m’ouvrant les yeux sur un invisible que je n’avais résolument pas vu jusqu’ici.
« Tu m’a mené au « Pardès », le jardin des sens qui a aussi donné naissance au mot paradis. Comment te désirer, sachant que le désir vient du latin de-siderium qui signifie perdre l’astre ? Je veux te désirer toujours tout en continuant ma poursuite des astres. Je ne peux m’empêcher en te parlant, de questionner les mots, leur origine, leurs significations. Je voudrais pourtant, simplement, me contenter de vivre l’instant présent. »

Léa : « Tes mains touchent le présent, tes caresses donnent un espace au désir.»

Simon : « En ce moment, je goûte surtout ton exquise pesanteur sur moi. Je quitte l’attraction terrestre pour appartenir à ton atmosphère. Je sens les battements de ton cœur s’accélérer comme s’il se trouvait un pulsar au plus profond de toi. »

Aussitôt surgirent dans mes pensées, les mots issus du traité Sanhedrin du Talmud : « Pé shèl maala, pé shèl mata » le lien entre la « bouche d’en haut » et la « bouche d’en bas » de Léa. Je compris alors pourquoi Carl Gustav Jung soutenait que le religieux est lié au féminin et au sexuel.

Mes lèvres ne recueillaient pas que les baisers de Léa, elles absorbaient son souffle et, dans l’expression du souffle, le chemin de son âme. Je voulais m’aventurer en terre promise de la bouche d’en bas mais je ne me sentais pas encore prêt à en franchir le seuil. Une hésitation, une timidité m’envahissait. J’entendais alors la parole du créateur à Moïse ; lorsqu’il lui demandait de pouvoir pénétrer en Israël. Dieu répondit « Rav Lakh » : « Trop pour toi ». Dois-je encore parcourir mon désert, après toutes ses années seul avec moi-même ? Le livre des questions me nourrissaient de la manne céleste : paroles divines et délices de comètes, de galaxies, d’étoiles filantes.
Mais les besoins de mon âme n’étaient jamais rassasiés et les besoins de mon corps connaissent la faim. En alimentant ma faim, j’éveillais les pensées du corps, je les spiritualisais. Je puisais d’abord en moi une nourriture pour l’âme, comme la combustion de certaines étoiles, je me dévorais pour ravitailler l’esprit et ce n’est qu’après que j’offrais à mon ventre de quoi le sustenter.

J’aimerais nourrir Léa de mes pensées avant de lui donner un amour charnel. Qu’elle s’abreuve de paroles, qu’elle jouisse du plaisir des mots et de mes commentaires de la Torah. Je me détourne d’elle pour mieux revenir à elle, enrichie par ce détour. Je voudrais qu’elle aime l’homme talmudique en moi, celui qui, par l’interprétation du texte, ne cesse de se nier, se dépasser, se surpasser. Je suis généré par le texte autant que je génère le texte.

J’espère que le corps de Léa m’emportera du commentaire au « comment taire » ce dialogue continu effectué en accolant ses lèvres aux miennes. Clôture et silence de nos bouches, en attente de la petite voix intérieure qui se manifeste quand tournent les langues du baiser. Ni dire, ni parler et rejoindre l’âme animale qui n’a pas besoin de mots pour communiquer. Je me ferai cris ou chants à la gloire de Léa car il me faut d’abord la goûter, la lécher, la mordiller avec cette bouche mutique redevenue gueule primitive.

Lentement, je me fixai à la gorge de Léa, mes mains gravissaient l’échelle de ses vertèbres jusqu’à la racine du cou. Mes lèvres découvraient la saveur de sa nuque en me logeant sous le rideau de son épaisse chevelure déployée. J’embrassais le « lieu de la pensée enclose incon­naissable », « l’enceinte de la gorge », ces paroles du Zohar qui signent le lieu des origines de la création quand la pensée précède la voix.

Le cou de Léa, réservoir de mots, semblait s’allonger, se tendre, se modeler entre mes mains. Ma Léa, malléable, devenait Léda et se métamorphosait en cygne. Je roulais sa gorge entre mes paumes, pétrissant la pâte de sa peau, et sentais les frémissements du larynx quand elle avalait. Le cygne tendait le cou vers le ciel et transformait Léa en télescope, m’invitant à guetter l’infini au fond de ses yeux.
« Ma Gaïa, ma terre ! Je te touche et il me semble te façonner, t’inventer. Soudain, tu deviens Autre. Je te propose un rite où je me permettrai d’épeler ton corps, le démembrer en lettres hébraïques et le remembrer.
Chaque lettre correspond à un lieu, un membre, une partie de ton corps, tel qu’il nous a été enseigné dans la mystique du Sefer Yetsira, le livre de la création, au IVème siècle.
Pendant ce rituel, je chanterai la lettre sacrée tout en l’inscrivant de la pointe de mon index en effleurant ta peau. Les 22 lettres de l’alphabet se déploient en autant de clés pour écrire le nom de l’ineffable en toi et ouvrir ton cœur. »

Léa se déshabilla et se coucha sur ses vêtements.

« Je commence par les trois lettres mères : Shin, Aleph et Mem.
Shin s’inscrit sur ton visage et s’accompagne du son « shhh », ses traits s’élèvent vers le haut à l’image des flammes du feu.





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