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La Graphomane - recto

Roman, 238 pages
Préface de Marcel Moreau
Éditions Verdier,
Collection Éther Vague, Toulouse, février 1995

ISBN : 2-9046-2056-7
EAN : 978-2-9046-2056-0



Préface

La lettre amoureuse et le roman d'amour peuvent-ils s'accorder ? Parfois, ils se frôlent, mais c'est sans se toucher. Leurs fièvres se séparent. Ainsi se séparent ce qui va à l'Un et ce qui va au Multiple. Il serait osé de vouloir les accoupler. Quel canevas pourrait assouvir une intimité, lui faire un enfant au visage de chef-d'oeuvre ? Il ne fallait pas moins que le verbe spasmodique de Sophie Buyse pour les réunir sur la même couche. Une sorte d'orgasme devancé de préludes marie l'éros de la lettre et la beauté du récit. Car ici, ce qui se lit comme transe confidentielle se reçoit comme histoire cohérente. Tout simplement, la cohérence excelle à se transgresser. Elle est étrange et dévergondée.

L'émotion secoue la construction. A tout instant, une menace pèse sur l'architecture. L'architecture s'en sort, magnifique de fissures, dans la peau. Nous avons peine à croire que ces lettres sont divulguées. Elles semblent tellement ne s'adresser qu'à nous, et elles sont si impudiques… Alors, nous nous en faisons tout un roman, qui ne parle qu'au destinataire que nous rêvons d'être. En nous appropriant les graves, obscènes, brûlantes résonances des mots, nous débordons l'exquis plaisir de découvrir un texte qui compte. Nous sommes aussi dans la jouissance de celle qui écrit, à défaut de prendre part au privilège de celui à qui c'est écrit.

Et le souvenir des correspondances de feu se remet à nous hanter, convulsif. Car nous savons que l'art épistolaire, en amour, est le plus vrai, le plus fou des arts vraiment fous. Et quand il se surprend à mentir, ou à exagérer, c'est souvent pour s'accroître de désir, ou d'ensorcellement. Tous les moyens d'avouer, de séduire, de s'incorporer l'Autre sont bons, pourvu qu'ils aient l'intensité. Même la stratégie, il s'agit qu'elle vibre, avant toutes choses. Envelopper et envahir, d'un seul mouvement, ou murmuré, ou haletant, toujours inapaisé, l'être aimé, c'est lui faire offrande inouïe, en vue d'un partage ineffable. Tel est l'insigne pouvoir de la Lettre que de pouvoir ce que ne peut le roman : dire la vie incensurée, ouvrir grand, au plus profond de soi, le livre interdit des passions qui tuent.

Comment douter encore que le genre épistolaire excite, chez la femme, un génie singulier ? Si ce génie plonge dans l'obscure trépidation des sens en émoi, il n'en est que plus éperdu. Il offre à l'homme une image vertigineuse de celle qui n'était peutêtre, à ses yeux, qu'une conquête sans ambiguïté. Dans la lettre, la femme fait chanter à merveille ce que son héritage social ou la vision masculine nous avait fait oublier : le mystère de sa démesure, l'impatience de ses anges, mêlée à celle de ses démons. En se pervertissant comme roman, La Graphomane nous donne une idée, tantôt adoucie, tantôt échevelée, des sommets auxquels peuvent atteindre les épanchements secrets, fermés au public.

Je puis bien le dire : j'ai toujours cru en la puissance du langage, mais jamais elle ne me fut autant confirmée que par l'adorable et terrible prédisposition des femmes à faire de la Lettre le lieu sans égal de leurs élans sans nuances. Ainsi se fondent, en nombre d'entre elles, l'art d'aimer et le verbe qui le sacralise. Cette beauté-là n'a pas de nom. C'est, chez Sophie Buyse, une obsession que nous ne pouvons classer, dont nous pouvons seulement savoir qu'elle a le « saint » tremblement des chercheuses d'infini et des mendiantes d'extase.

Sophie Buyse et Marcel Moreau
photo: Christian Bussy

Sophie Buyse et Marcel Moreau, au présentation de « La Graphomane » au Théatre Poème, février 1995



Découvrez les premières pages
de « La Graphomane »



Sophie Buyse et Marcel Moreau
photo: Christian Bussy

Hélène Gailly, Sophie Buyse et Marcel Moreau,
au « Botanique » à Bruxelles, 1995.



La Graphomane - Verso