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L'Organiste

Roman, 220 pages

ISBN : 2-9303-5511-5; EAN : 978-2-9303-5511-5

Éditions Maelström, Bruxelles, 2002

Prix de vente: 16,00 €

Sélectionné pour le deuxième
Prix Rossel des jeunes, 2002


Troisième roman de Sophie Buyse, L'Organiste est entièrement dédié à la musique, à la passion et à l'exaltation des cinq sens.  Ce livre vient clôturer une trilogie dans laquelle Sophie Buyse a exploré le noir de l'être : dans « La Graphomane » (1995, Éd. L'Ether Vague) par un voyage dans l'écriture et la folie, dans « L'Escarbilleuse » (1995, Éd. Talus d'Approche) à travers la peinture et la maladie et dans L'Organiste, Sophie Buyse nous emporte dans le monde de la musique et de la guerre et avec elle, la destruction, les barbaries. Comme l'Art peut mener tant à la création qu'à la destruction, la mort peut engendrer la création.

Dès la première ligne, l'Organiste nous entraîne dans le monde des sons, de la musique… de toute musique. Une épopée tragique et poignante menée de plume de maître dans cette écriture baroque, virtuose à laquelle Sophie Buyse nous a habitué depuis La Graphomane. Ce roman (ou fable romanesque visionnaire) est avant tout le fruit d'une rencontre, celle avec Jean Guillou, titulaire des Grandes Orgues de Saint Eustache à Paris et à travers lui une découverte de l'orgue, l'instrument par excellence puisqu'il réunit en ses entrailles tous les autres instruments.




Une ville comme il en existe tant dans le monde, qu'un fleuve, le Shofar, divise en deux zones ethniques, religieuses. 
Abel est né des amours clandestines entre une Echocide et un Murmurant. Caché dès la plus tendre enfance dans l'appartement maternel, Abel n'a que deux occupations : écouter les sons de la vie quotidienne, ceux émis par les voisins et découvrir les méandres du clavecin familial. Jeune adolescent, il ose s'aventurer dans l'immeuble et y découvre ses premiers émois amoureux grâce à Giorgia, sa voisine. Lorsque le quartier des Echocides est bombardé, Abel se réfugie au Temple, bâti sur l'île au coeur du Shofar. Grâce au Père Colon, Abel va apprivoiser l'orgue du Temple et s'identifier totalement à cet instrument aux mille facettes.

photo: Cassandre Sturbois

Photo : © Cassandre Sturbois

Au paroxysme des combats, Giorgia est tuée. Fou de chagrin et bien décidé à vivre une relation charnelle avec elle et continuer à faire jouer les sonorités du corps de l'être aimé, Abel va créer un orgue avec les os, la peau, les tendons de la jeune femme. Après la guerre, la célébrité acquise mène Abel vers l'abandon progressif de son orgue-humain et la création d'instruments de musique en alliance avec la nature et les éléments, et à la redécouverte de l'amour.




Ce livre s'ouvre à un large public. Il passionnera les amateurs de belle littérature, de musique, d'orgue, de récit fantastique, de symbolisme, de destins forts, de médecines parallèles. Le récit offre plusieurs degrés de lecture selon que le lecteur l'aborde comme une dérive de notre monde (l'histoire se déroule sur fond de guerre ethnique) ou comme récit fantastique. De par l'écriture, le style et l'ambiance du récit, L'Organiste s'apparente au livre de Patrick Süskind « Le Parfum » .



Dès sa conception, « l'Organiste » mène le lecteur aux sources du son, l'immerge au cœur des vibrations fœtales, des percussions cardiaques, des sifflements gazeux des viscères, des ronflements pulmonaires imprégnant la mémoire et l'ouïe. L'ouvrage accompagne la croissance d'Abel, sa palette sonore grandit avec son corps, elle s'étire et s'étend, en hauteur, en longueur, fuselant ses membres à l'image des tuyaux de l'orgue dont chaque organe semble incarner la matière sonore. Cette fable romanesque visionnaire se déroule dans une ville déchirée entre deux populations ennemies : les échocides et les murmurants figurant nos dualités guerrières, nos rivalités fratricides.

Deux femmes, deux initiatrices, l'inspirent et illustrent son parcours à la fois tragique et idyllique.



Un matin, je perçus l'arrivée de Giorgia au son de ses parures. Elle avait orchestré son corps, habillant ses oreilles de boucles métalliques résonnantes telles des grelots. Son décolleté était paré de plusieurs rangées de perles qui s'entrechoquaient sous le balancement des seins. Ses poignets arboraient de fins bracelets d'ivoire. Les bras cerclés d'os, de cornes et de dents incrustées semblaient affamés, avides de gestes cadencés. J'écoutais le bavardage des bijoux de Giorgia ; ils conversaient avec son corps, suivaient les mouvements qu'elle dessinait à chacun de ses pas. Les articulations crépitaient, tintaient aux charnières des coudes, des genoux, aux jointures des chevilles… Les accords intérieurs se mettaient à l'unisson des joyaux sonores ; juxtaposition de l'instrument logé dans la charpente de son corps et des archets extérieurs.

Je rêvais de m'enchaîner à Giorgia, d'attacher mes bras et mes jambes aux mêmes liens précieux. J'imaginais une chorégraphie de nos membres soudés, le fracas des métaux emmêlés, nos mains enlacées ; deux maillons noués. Aucun des gestes de Giorgia ne pourrait m'échapper, le crissement des chaînes la dénoncerait avant qu'elle n'ait le temps de s'éloigner. Les bijoux exacerbaient mon désir de m'emparer de ce concerto de pierres et de chair, d'or et d'os.

photo: Cassandre Sturbois

Photo : © Cassandre Sturbois

M'adonnant librement à tous mes fantasmes, je recouvrais d'une armure de cuivre ses seins, son ventre, ses cuisses et, percutant cette batterie féminine de cymbales, je faisais retentir ses sens vibrants. Armé de baguettes inflexibles, je m'escrimais sur sa croupe policée. Les vibrations de l'écorce de cuivre brisaient l'alignement de ses courbes, s'insinuaient dans ses galbes et violaient ses contours. Je me voyais bientôt enfoncer des pépites d'agate, de jade, de béryl, d'onyx au creux de son ventre. Mon sexe faisait valser les pierres, jonglait, agitait les noyaux de la roche dans sa voûte expressive. 


Découvrez les premières pages de « L'Organiste »